Une moquette beige qui a l’air humide. Des murs couverts d’un papier peint jaune pâle. Des néons au plafond, une enfilade de cloisons, et personne. Rien de terrifiant, en apparence. Pourtant, cette photo d’une pièce banale est devenue l’une des légendes les plus célèbres d’internet : les Backrooms, un labyrinthe infini caché « derrière » la réalité, où l’on tomberait par accident.
En sept ans, une simple image postée sur un forum a engendré des wikis entiers, des centaines de récits, des jeux vidéo, une web-série vue des dizaines de millions de fois et, en 2026, un film A24 en tête du box-office. Au Bureau, on a voulu comprendre comment une pièce vide avait pu faire peur à autant de monde. Et surtout, on a voulu savoir où elle se trouvait vraiment.
Qui a enquêté sur ce dossier
Le dossier est arrivé par Mathis. Un matin, il a posé son ordinateur portable au milieu de la grande table, une photo plein écran : la fameuse pièce jaune. « Ma nièce dit que c’est l’image la plus flippante d’internet. » Claire a haussé les épaules : « C’est un bureau vide. » Yvan, lui, s’est penché beaucoup plus près. « Ce n’est pas un bureau. Regardez les cloisons, elles ne vont pas jusqu’au plafond. » Il ne s’est plus relevé de la matinée.
- Yvan Daurelle (archives et anomalies cartographiques) a voulu localiser la vraie pièce. Des lieux qui n’existent plus, c’est un peu sa spécialité.
- Alix Beaumont (documents) a reconstitué le fil de discussion d’origine et suivi la naissance des wikis.
- Mathis Cordier (audiovisuel) a analysé la photo et décortiqué les vidéos de Kane Pixels, le jeune réalisateur qui a fait des Backrooms un phénomène mondial.
- Solène Martel (psycholinguistique) s’est demandé pourquoi une pièce vide fait peur, et ce que veut dire le mot « liminal ».
- Claire Vernier (récits oraux) a recueilli les impressions de ceux qui jurent avoir « déjà vu » cet endroit.
- Jean-Rémi Vasseur (terrain) a passé une soirée seul dans un étage de bureaux vide. Il n’était pas volontaire. Il a perdu au tirage au sort.
Fidèles à nos méthodes, on a sourcé chaque affirmation : tout est listé en fin d’article.

12 mai 2019 : une photo sur 4chan et le texte qui a tout lancé
Contrairement à la plupart des légendes du Bureau, celle-ci a une date de naissance précise. Le 12 mai 2019, sur /x/, la section consacrée au paranormal du forum anonyme 4chan, un utilisateur lance un fil de discussion : il demande aux autres de partager des images dérangeantes, qui donnent l’impression que « quelque chose cloche ». Il ouvre lui-même le bal avec la photo de la pièce jaune (Wikipédia (en)).

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La photo seule n’aurait sans doute pas suffi. C’est la réponse d’un autre anonyme qui a tout changé. En quelques lignes, il donne un nom à l’endroit et invente ses règles. Si l’on n’y prend pas garde, explique-t-il, on peut « glisser » hors de la réalité et atterrir dans les Backrooms. Là-bas, il n’y a que l’odeur d’une vieille moquette humide, un jaune monotone à rendre fou, le bourdonnement incessant des néons et des centaines de millions de miles carrés de pièces vides découpées au hasard. Et si l’on entend quelque chose rôder tout près, conclut-il, c’est que cette chose nous a déjà entendus (Wikipédia (en)).
Alix s’est arrêtée sur le verbe utilisé dans le texte original : noclip. C’est un terme de jeu vidéo. Dans les vieux jeux de tir à la première personne, le code « noclip » permettait de traverser les murs et de sortir de la carte, pour se retrouver dans le vide, derrière le décor. « Toute la légende tient dans ce mot, a-t-elle noté. Les Backrooms, c’est l’envers du décor du monde réel, comme si la réalité avait des bugs. »
Le succès est immédiat. Dans les jours qui suivent, des internautes publient leurs propres histoires sur Reddit, d’abord dans r/creepypasta, puis dans une communauté dédiée, r/backrooms, qui dépassait les 157 000 membres en mars 2022 (Wikipédia (en)).
Un détail a intrigué Yvan : la photo elle-même était plus ancienne que le fil. Selon PBS Wisconsin, elle avait déjà été publiée sur 4chan en 2011, avant d’être reprise dans le message de 2019 (PBS Wisconsin). La pièce jaune existait donc bien avant sa légende. Restait à savoir où.
Documenté : la légende naît le 12 mai 2019 sur 4chan, à partir d’une photo et d’un court texte anonyme.
À recouper : la publication de la photo sur 4chan dès 2011.
De la photo au labyrinthe : niveaux, entités et wikis
Ce qui distingue les Backrooms d’une légende classique, c’est qu’elles n’ont pas d’auteur unique. Elles se sont construites à mille mains, et Alix a passé plusieurs soirées à en suivre la généalogie.

Broogli · Source · CC BY 4.0
Très vite, les internautes ont imaginé que la pièce jaune n’était que le premier étage d’un monde bien plus vaste. Chaque contributeur a ajouté ses « niveaux », avec leurs ambiances propres, puis des « entités » hostiles qui rôdent entre les murs. Pour tout organiser, des wikis collaboratifs sont apparus sur Fandom et Wikidot, accompagnés de serveurs Discord, sur le modèle de la SCP Foundation, un autre grand projet de fiction collective en ligne (Wikipédia (en)). Comme dans toute tradition vivante, il y a eu des schismes : une partie des fans, attachée à la version d’origine, a fini par faire sécession.
Les jeux vidéo ont suivi presque aussitôt. Un premier jeu indépendant sort environ deux mois après le fil de 4chan, à l’été 2019. D’autres viennent ensuite, dont Escape the Backrooms, un jeu coopératif sorti en 2022 (Wikipédia (en)). L’imagerie déborde même sur la télévision : le créateur de la série Severance, Dan Erickson, cite les Backrooms parmi ses influences visuelles (Wikipédia (en)).
Pour Alix, c’est ce qui fait des Backrooms une vraie légende urbaine, et pas seulement une fiction : « Personne ne la possède. Chacun la raconte à sa manière, ajoute un détail, contredit le voisin. C’est exactement comme ça que circulaient les histoires de dame blanche au bord des routes, sauf qu’ici, on peut tout dater à la minute près. » Plusieurs médias, dont Le Monde, y ont d’ailleurs vu un genre émergent d’horreur collaborative en ligne (Wikipédia (en)).
Documenté : les Backrooms sont une fiction collective, développée sur des wikis et des forums depuis 2019.

Huuxloc · Source · CC BY 4.0
Kane Pixels, la cassette et le cinéma
Si les Backrooms sont passées d’une curiosité de forum à un phénomène mondial, c’est en grande partie grâce à un adolescent. Mathis a regardé ses vidéos une bonne dizaine de fois, casque sur les oreilles, image par image.
Une cassette VHS de 1990

Lachlan et Austin Macfarlane · Source · CC BY 4.0
En janvier 2022, Kane Parsons, un jeune créateur de Californie du Nord connu sous le pseudonyme Kane Pixels, met en ligne sur YouTube un court-métrage intitulé The Backrooms (Found Footage). Il a 16 ans. La vidéo se présente comme une cassette VHS des années 1990 : un jeune homme filme un tournage, recule de quelques pas… et se retrouve dans la pièce jaune, poursuivi par une créature. Parsons l’a réalisée en un mois, avec les logiciels gratuits ou grand public Blender et After Effects (Wikipédia (en)).
Le court-métrage devient viral et donne naissance à une web-série de 25 épisodes, qui ajoute à la légende une organisation secrète, l’Async Research Institute, chargée d’explorer les Backrooms. En août 2026, l’ensemble cumulait plus de 197 millions de vues, dont plus de 90 millions pour le premier épisode (Wikipédia (en)).

Sammlung der Medien und Wissenschaft · Source · CC BY 4.0
Mathis a été bluffé par la technique : « Il a tout fait en images de synthèse, mais il a reproduit les défauts d’un vieux caméscope : le grain, les couleurs qui bavent, la mise au point qui hésite. Notre cerveau associe ces défauts à des images vraies. C’est pour ça que ça marche. » Un compliment, venant de quelqu’un qui passe ses journées à faire parler de vieux caméscopes.
Le film qui a battu des records
En février 2023, le studio A24 annonce qu’il adaptera la série au cinéma, avec Kane Parsons à la réalisation (Wikipédia (en)). Le film, Backrooms, sort aux États-Unis le 29 mai 2026, avec Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve. Il a coûté environ 10 millions de dollars. Pour son premier week-end, il rapporte quelque 81,5 millions de dollars en Amérique du Nord, la meilleure ouverture de l’histoire d’A24, loin devant Civil War. Le studio affirme que Parsons, 20 ans, est le plus jeune réalisateur à avoir signé un film numéro un du box-office mondial. Près de la moitié des spectateurs de ce premier week-end avaient moins de 21 ans (NY1 / Associated Press). À la fin de septembre 2026, le film dépassait les 400 millions de dollars de recettes dans le monde (Wikipédia (en)).
Yvan a relevé un clin d’œil dans le scénario : le héros du film tient un magasin de meubles en difficulté, et découvre le passage vers les Backrooms dans son sous-sol (Wikipédia (en)). Le hasard fait bien les choses : comme on va le voir, la vraie pièce jaune se trouvait elle aussi dans un ancien magasin de meubles.
Documenté : la web-série de Kane Pixels (2022) et le film A24 (2026) ont transformé la légende en phénomène mondial.
La vraie pièce jaune
Dès le premier matin, Yvan l’avait remarqué : les cloisons de la photo ne montent pas jusqu’au plafond. Ce ne sont pas les murs d’un bureau, mais des parois provisoires, posées dans un grand volume. Pendant cinq ans, des milliers d’internautes ont cherché d’où venait cette image. La réponse est tombée en mai 2024, et Yvan a passé une soirée entière à la vérifier dans les archives du web.
Oshkosh, Wisconsin
Le 29 mai 2024, un utilisateur du réseau X annonce qu’un de ses amis a enfin trouvé la source de la photo (Know Your Meme). La piste vient d’une communauté Discord consacrée aux Backrooms. Elle mène à une page web de 2003, conservée par la Wayback Machine de l’Internet Archive : le carnet de rénovation d’un magasin de loisirs HobbyTown, à Oshkosh, dans le Wisconsin (Wikipédia (en)).

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Yvan a refait le chemin, archive par archive. Voici ce qu’il a pu établir :
| Ce qu’on sait | Le détail |
|---|---|
| Le lieu | Le 807 Oregon Street, à Oshkosh, dans le Wisconsin (Know Your Meme) |
| Le bâtiment | Un ancien magasin de meubles installé dans un grand magasin des années 1920, dont l’étage, très ancien, avait été abîmé par l’eau (PBS Wisconsin) |
| La date de la photo | Le 12 juin 2002, avec un appareil Sony Cyber-shot, sous le nom de fichier Dsc00161.jpg (Wikipédia (en)) |
| Pourquoi cette photo | Le bâtiment était en travaux pour devenir un magasin de modélisme avec une piste de course de voitures radiocommandées |
| Sa première publication | Le 2 mars 2003, sur le carnet de rénovation en ligne du magasin (Wikipédia (en)) |
| Ce qu’est devenue la pièce | Une piste de voitures radiocommandées. Le bâtiment a été vendu en 2025 (Wikipédia (en)) |

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Les étranges cloisons ont donc une explication toute simple : avant les travaux, le bâtiment abritait un magasin de meubles truffé de cloisons et de fausses parois intérieures. Une fois les meubles partis, il ne restait que des couloirs de papier peint jaune qui ne mènent nulle part (Know Your Meme). Et la moquette qui a l’air humide ? Dans un étage ancien endommagé par l’eau, elle l’était peut-être vraiment.
Yvan a refermé son ordinateur avec une satisfaction évidente : « Les routes qui n’existent plus, je connais. Mais c’est la première fois que je retrouve une pièce qui n’existe plus, et qui n’a jamais été aussi célèbre que depuis qu’elle a disparu. »
Documenté : la photo a été prise en 2002 dans un ancien magasin de meubles d’Oshkosh, en travaux pour devenir un magasin de modélisme.
À recouper : les sources ne s’accordent pas toutes sur l’année de la photo, 2002 selon les données du fichier, 2003 selon certains articles.

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Pourquoi ça nous met mal à l’aise
Une pièce vide, un peu défraîchie, éclairée au néon. Rien de plus. Alors pourquoi tant de gens disent-ils ressentir un vrai malaise devant cette photo ? C’est le chapitre de Solène, avec un mot qui revient partout : « liminal ».
Un mot venu de l’anthropologie
Limen, en latin, c’est le seuil. En 1909, dans Les Rites de passage, l’ethnologue Arnold van Gennep décrit les rituels en trois temps : la séparation, une période de transition qu’il appelle liminaire, puis la réintégration. L’anthropologue Victor Turner développe l’idée dans les années 1960, et Marc Augé forge en 1992 le concept voisin de « non-lieux », ces espaces de passage où l’on reste anonyme, comme les aéroports ou les parkings (Wikipédia (en)).
Sur internet, « espace liminal » désigne aujourd’hui une esthétique bien précise : des couloirs, des halls, des parkings ou des piscines photographiés vides, souvent dans une lumière artificielle. Elle explose après le fil de 2019, puis connaît un pic au début des confinements de mars 2020. En novembre 2022, la communauté Reddit r/LiminalSpace dépasse le demi-million de membres, et le mot-clé #liminalspaces cumule plus de deux milliards de vues sur TikTok (Wikipédia (en)).

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Une vallée de l’étrange pour les lieux

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En 2022, deux psychologues de l’université de Cardiff, Alexander Diel et Michael Lewis, ont étudié la question dans le Journal of Environmental Psychology (Cardiff University). Des dizaines d’étudiants ont évalué plus d’une centaine d’images de lieux réels ou artificiels. Les chercheurs ont relevé ce qui rend un lieu inquiétant : des éléments manquants ou déplacés, un éclairage étrange, des zones cachées, des répétitions, des proportions inhabituelles, et certains types d’espaces comme les couloirs. Leur conclusion : ce malaise est une réaction générale aux écarts par rapport à ce qui nous est familier (IFLScience). C’est le même mécanisme que la « vallée de l’étrange » qu’on ressent face à un robot presque humain, appliqué à l’architecture.
Solène a ajouté deux autres pièces au puzzle. D’abord, l’absence. Le philosophe Mark Fisher parlait d’un « échec de présence » : un lieu fait pour accueillir du monde, mais vide (Wikipédia (en)). L’écrivain John Koenig a même inventé un mot pour cette sensation dans son Dictionary of Obscure Sorrows : la « kenopsia », l’atmosphère étrange d’un lieu d’habitude animé, devenu désert et silencieux, comme un couloir d’école le soir (Kith.org). Ensuite, la nostalgie : beaucoup de ces images reprennent l’esthétique des années 1980 et 1990, à la fois lointaine et vaguement familière pour toute une génération (IFLScience).
« J’y suis déjà allé »
C’est ce qui a le plus frappé Claire en recueillant les réactions autour d’elle. Presque tout le monde a l’impression de connaître cet endroit : un couloir d’hôtel la nuit, l’école pendant les vacances, l’arrière d’un magasin entrevu enfant. Personne n’y est jamais allé, et pourtant chacun y reconnaît un lieu de sa propre vie. Kane Parsons dit d’ailleurs que l’essentiel de l’horreur vient de ce que le spectateur projette de lui-même sur le décor (IFLScience).
« La pièce jaune, ce n’est pas un lieu, c’est un miroir, a résumé Solène. Elle est assez banale pour que chacun y mette ses propres souvenirs, et assez vide pour qu’on y imagine le pire. »
Documenté : le malaise face aux espaces « liminaux » s’explique par des écarts subtils avec ce qui nous est familier, selon une étude de l’université de Cardiff.
La soirée de Jean-Rémi dans un étage vide
Il fallait bien quelqu’un pour aller voir sur place, ou du moins dans ce qui s’en rapproche le plus. Le tirage au sort a désigné Jean-Rémi. Un gestionnaire d’immeuble de nos connaissances nous a prêté, pour une soirée, un plateau de bureaux vide en attente de travaux : moquette grise, faux plafond, néons, cloisons à mi-hauteur. Pas tout à fait jaune, mais l’esprit y était.

Jean-Rémi y est resté de 19 heures à 23 heures, seul, avec un carnet, une lampe de poche et l’enregistreur de Mathis, cette fois bien accroché à sa ceinture. Son compte rendu, recopié tel quel dans le dossier :
- 19 h 40 : le bourdonnement des néons devient vraiment pénible au bout de vingt minutes. Ça, la légende ne l’a pas inventé.
- 20 h 15 : perdu entre deux rangées de cloisons, il revient trois fois au même photocopieur abandonné.
- 21 h 05 : il tente de « glisser » hors de la réalité en reculant contre un mur, comme dans la vidéo de Kane Pixels. Résultat : une bosse à l’arrière du crâne.
- 22 h 30 : des pas résonnent à l’autre bout de l’étage. Une lumière balaie le couloir. Jean-Rémi éteint sa lampe et retient son souffle.
La chose qui rôdait était le gardien de nuit, que personne n’avait prévenu de sa présence. Ils ont fini la soirée à boire un café dans la loge, et le gardien a avoué qu’il trouvait lui aussi l’étage « un peu bizarre, la nuit ». Mathis a récupéré l’enregistrement : quatre heures de bourdonnement de néons, deux minutes de cris, et un long silence gêné.
« Le texte de 4chan disait que si on entend quelque chose rôder, c’est que ça nous a déjà entendus, a conclu Jean-Rémi. Il avait raison. Il a juste oublié de préciser que ça pouvait être un gardien avec une lampe torche. »
Non établi : une soirée dans un bureau vide ne prouve rien, sinon que les néons font vraiment du bruit et que les gardiens de nuit font peur.
Le verdict du Bureau
Légende urbaine : FICTION COLLECTIVE. Mais la pièce, elle, a bien existé.
Personne n’a jamais « glissé » hors de la réalité pour atterrir dans un labyrinthe jaune. Les Backrooms sont une fiction née le 12 mai 2019 sur 4chan, puis enrichie par des milliers d’auteurs anonymes, des wikis, des jeux vidéo, une web-série et un film à succès. C’est précisément ce qui en fait une légende urbaine moderne : une histoire sans propriétaire, que chacun raconte à sa façon.
La photo, en revanche, n’a rien de surnaturel. Elle montre l’étage d’un ancien magasin de meubles d’Oshkosh, dans le Wisconsin, photographié en juin 2002 pendant sa transformation en magasin de modélisme. Et si elle nous met si mal à l’aise, c’est parce qu’elle s’écarte juste assez de ce qui nous est familier pour que notre cerveau tire la sonnette d’alarme.
Le soir de la clôture du dossier, Yvan a imprimé la page web de 2003 retrouvée dans les archives, avec la fameuse photo. Elle a rejoint le placard des objets, avec une étiquette : « Pièce jaune, Oshkosh, 2002. Ne menait nulle part. A mené partout. Ne pas jeter. » Jean-Rémi, lui, a demandé qu’on change les néons de la cave. Personne n’a osé lui dire qu’ils bourdonnaient depuis des années.
Vous connaissez un lieu qui vous a toujours semblé « un peu bizarre », ou une autre légende née sur internet ? Confiez une piste au Bureau.
Sources
La légende et son histoire
- Wikipédia (en) — The Backrooms
- Wikipédia (en) — Liminal space (aesthetic)
La photo d’origine
- Know Your Meme — The Location Of The Backrooms Has Finally Been Discovered (2024)
- PBS Wisconsin — How a furniture store in Oshkosh became a portal to another dimension (2026)
Kane Pixels et le film
- Wikipédia (en) — Backrooms (film)
- NY1 / Associated Press — YouTuber box office boom: Backrooms and Obsession draw Gen Z to theaters (2026)
Psychologie des espaces liminaux
- Alexander Diel et Michael Lewis, université de Cardiff — Structural deviations drive an uncanny valley of physical places, Journal of Environmental Psychology (2022)
- IFLScience — Backrooms plays on our fear of liminal spaces
- Kith.org — Kenopsia and other obscure sorrows
Auteurs et contributions
Auteurs
Alix Beaumont
Claire Vernier
Jean-Rémi Vasseur
Mathis Cordier
Solène Martel
Yvan Daurelle




