Collage associant un téléphone en flammes et un homme au téléphone

Dans les histoires de coupeurs de feu à distance, tout peut commencer par une phrase très simple : « Attends, je connais quelqu’un. » Un numéro de téléphone apparaît. À l’autre bout, une personne écoute, prononce quelques mots ou dit qu’elle va agir. Puis on attend de savoir si la sensation de brûlure diminue.

Le numéro vient souvent d’un proche qui raconte avoir été soulagé, ou connaître quelqu’un qui l’a été. Difficile de rester indifférent quand cette personne vous dit : « Appelle, moi aussi j’étais sceptique. » On lui fait confiance. On aimerait savoir ce qui s’est passé.

Carnet de Claire Vernier et Solène Martel — les enquêteurs du Bureau.

Un prénom au dos d’un vieux carnet

Claire reconstitue un de ces appels dont on se souvient plus que du numéro. Dans une cuisine, quelqu’un cherche un carnet près du téléphone. Le prénom du coupeur de feu est écrit au dos, sans nom de famille. « Appelle avant le dîner, après il est difficile à joindre. » Ce détail très ordinaire rend le personnage presque familier avant même qu’il ait répondu.

Dans une autre scène du carnet, une femme assure qu’elle n’avait pas donné son adresse et qu’il avait pourtant su où elle avait mal. Une personne présente se souvient qu’un proche avait téléphoné avant elle. La conversation s’arrête un instant. Ce renseignement a-t-il été transmis pendant le premier appel ? Personne ne se rappelle les mots exacts.

Solène demande que l’on reprenne les appels dans l’ordre. Claire demande ce que la femme a ressenti et à quel moment. Elles ne cherchent pas à gagner une dispute : l’une veut comprendre le témoignage, l’autre retrouver tout ce qui a pu être oublié autour.

Le numéro que l’on garde au cas où

Illustration IA : Casserole, torchon et téléphone posés dans une cuisine familiale.
Une histoire qui commence dans la cuisine.

En Suisse romande, on parle aussi de « faiseurs de secret ». Dans un portrait publié en 2019 par House of Switzerland, un praticien explique qu’il demande le nom de la personne, sa date de naissance et l’endroit touché avant de réciter une formule. Le texte décrit une tradition de prières et de transmission, toujours présente dans la vie quotidienne.

La formule est présentée comme un secret que l’on transmet d’une personne à une autre. Celui qui appelle n’assiste pas à la prière. Il attend, avec une question très concrète : est-ce que cela va lui faire moins mal ?

« Je n’y croyais pas, mais… »

Dans une discussion d’AskFrance sur les guérisseurs, un commentaire raconte une scène de travail : après une brûlure, le patron aurait posé sa main sur la zone douloureuse, puis la douleur aurait disparu. L’auteur précise qu’il ignorait que cet homme « coupait le feu ». Un autre évoque une arrière-grand-mère et des mains dont il se rappelle la chaleur. Ce sont des témoignages anonymes non vérifiés ; le fil mêle d’ailleurs convictions, objections et souvenirs.

« Je ne savais même pas qu’il faisait ça » : ce détail compte beaucoup pour celui qui raconte. Il se demande comment il aurait pu se sentir mieux sans rien attendre de particulier. Son étonnement peut être sincère. Mais le témoignage, à lui seul, ne permet pas de savoir pourquoi la douleur a diminué, ni si la brûlure a mieux guéri.

Illustration IA : ancien téléphone à touches et carnet fermé près de la fenêtre d’une maison de campagne.
Le secret transmis au téléphone.

Ce qu’une étude a observé

Une étude présentée en 2017 dans Cancer/Radiothérapie permet de comparer les impressions des patients à des observations médicales. Sur 500 patients suivis, 256 avaient consulté un coupeur de feu. Beaucoup se disaient satisfaits. Les auteurs ne constataient pourtant pas d’amélioration objective des effets indésirables de la radiothérapie.

Les chercheurs ont examiné des données déjà recueillies : c’est une étude rétrospective, dont les résultats ont été publiés dans un résumé de congrès. Elle ne répond pas à toutes les histoires de coupeurs de feu. Elle montre surtout pourquoi il faut distinguer deux questions : la personne se sent-elle soulagée ? Son état s’est-il amélioré d’une façon que l’on peut mesurer ?

Ce qui reste au bout de la ligne

Pour comprendre un soulagement, il faudrait savoir comment la douleur évoluait, quels soins avaient été reçus et ce qui s’est passé au même moment. Dans une histoire racontée après coup, ces détails manquent souvent. On peut donc écouter quelqu’un sans se moquer de lui, tout en reconnaissant qu’on n’a pas l’explication.

Un repère doit toutefois rester clair : un appel de ce type ne doit pas retarder les premiers soins ou une consultation. L’Assurance Maladie indique comment réagir à une brûlure et quand contacter les secours.

Le verdict du Bureau : un soulagement raconté, une efficacité non démontrée

Claire retient la place de ces pratiques dans les récits familiaux. Solène sépare le souvenir de la douleur et l’explication qu’on lui donne ensuite. Les données citées ne permettent pas à l’équipe d’affirmer une efficacité médicale des coupeurs de feu. Certains témoignages restent impossibles à expliquer rétrospectivement ; cette limite ne constitue pas une preuve de pouvoir, et ne doit jamais retarder les soins.

La question qui demeure mérite pourtant d’être posée sans ironie : quand quelqu’un dit « cette personne m’a aidé », parle-t-il de sa brûlure, de sa douleur, de son inquiétude, ou de plusieurs choses à la fois ? Le dossier devient plus intéressant dès qu’on lui laisse le temps de répondre.

Sources & références

Auteurs et contributions

Auteurs

  • Claire Vernier
  • Solène Martel