Photomontage d’Anubis à tête de chacal noir près d’une balance dorée et d’une plume, devant un paysage du Nil.

Une balance, une plume et un cœur : pour représenter le moment où une vie doit être jugée, l’image est d’une simplicité redoutable. Claire Vernier s’arrête sur ce qu’elle provoque. On se surprend à regarder les deux plateaux comme si le résultat nous concernait déjà. Jean-Rémi Vasseur revient au support : un papyrus est un objet que l’on peut décrire, dater et replacer dans une pratique funéraire.

Anubis appartient d’abord à une tradition religieuse ancienne. Le Bureau aborde les notes du dossier en séparant ce que les œuvres représentent des apparitions contemporaines qui leur sont parfois associées.

Scène du papyrus d’Ani montrant Anubis auprès de la balance, avec Thoth à droite.
La pesée du cœur dans le papyrus d’Ani, conservé au British Museum. Anubis intervient auprès de la balance ; Thoth, à tête d’ibis, note le résultat. La scène représente une conception religieuse du jugement des morts.
Artiste égyptien inconnu · reproduction du British Museum · Domaine public

Auprès de la balance

Le papyrus d’Ani, conservé au British Museum de Londres et daté de 1275 avant notre ère, contient la représentation la plus célèbre du jugement des morts dans la religion égyptienne antique. Au centre de la scène, une balance. D’un côté : le cœur du défunt. De l’autre : une plume, celle de Maât, déesse de la vérité et de la justice. Et derrière la balance, impassible, à tête de chacal noir : Anubis. Il préside. Il observe. Il inscrit le verdict.

Anubis est l’une des divinités les plus anciennes du panthéon égyptien. Des représentations à tête de chacal ont été retrouvées dans des nécropoles de la première période dynastique, soit vers 3100 avant notre ère. Sa longévité est remarquable : son culte s’étend sur plus de 3 000 ans, survivant à la conquête grecque et à la romanisation partielle de l’Égypte. Le centre de ce culte était Cynopolis — « la ville des chiens » en grec — dont le nom reflète l’association originelle avec les canidés charognards qui rôdaient autour des nécropoles désertiques.

La couleur noire qui caractérise ses représentations n’est pas un choix arbitraire. Dans la symbolique égyptienne, le noir évoque le limon fertile du Nil déposé par les crues annuelles : vie, régénération, renaissance. Anubis n’est pas la mort. Il est la traversée. Il embaume, il guide, il protège le défunt dans le passage. Son rôle a inspiré des chercheurs en psychologie transpersonnelle, comme Stanislav Grof, qui dans Royaumes de l’inconscient humain (1975) décrit des visions lors d’états modifiés de conscience impliquant des guides à apparence animale accompagnant les mourrants.

Alix Beaumont apporte une précision à la première scène des notes : dans la notice du British Museum, Anubis veille à la pesée, tandis que Thoth, reconnaissable à sa tête d’ibis, enregistre le résultat. Mathis Cordier insiste sur l’intérêt de regarder l’image entière : isoler une figure peut faire disparaître le rôle des autres. Voir British Museum — Le jugement d’Ani, sur Google Arts & Culture.

Le guide ancien et les récits contemporains

Ce qui est moins documenté dans les manuels d’histoire, c’est la persistance d’apparitions rattachées à cette figure dans les contextes de mort contemporains. Des infirmières en soins palliatifs — notamment en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis — ont signalé à leurs collègues des témoignages de patients en phase terminale décrivant la présence d’un être grand, sombre, à tête animale, qu’ils perçoivent avec calme, voire sérénité. Le Dr Peter Fenwick, neuropsychiatre britannique de l’Institut de psychiatrie de Londres, a compilé ces témoignages dans The Art of Dying (Continuum, 2008). Il n’avance aucune conclusion surnaturelle. Il note simplement la cohérence des descriptions.

Anubis apparaît dans la culture contemporaine à travers le jeu vidéo Smite, le film Gods of Egypt (2016), la série American Gods, et les nombreuses représentations de la cosmologie égyptienne dans la pop culture mondiale. Mais pour ceux qui l’ont vu dans ces moments limites — entre la vie et ce qui vient après — aucune de ces représentations ne ressemble à ce qu’ils décrivent.

Le verdict du Bureau

Yvan Daurelle demande des passages précisément identifiés pour les apparitions attribuées aux recueils modernes : citer un livre ne suffit pas à montrer qu’il contient cette description particulière. Solène Martel distingue ensuite le récit d’une présence, son interprétation et le nom que l’on lui donne. Une silhouette animale décrite dans une expérience personnelle n’est pas, par elle-même, une identification d’Anubis.

Le Bureau retient une figure religieuse abondamment représentée, sans preuve ici d’apparitions attribuables à cette divinité. La conclusion n’efface pas la question portée par le papyrus : ce qui nous inquiète le plus, est-ce le passage lui-même, ou l’idée de nous y présenter avec tout le poids de notre vie ?

Lectures complémentaires du Bureau • British Museum — Le jugement d’Ani, sur Google Arts & Culture

Sources & références • Anubis — World History Encyclopedia
• Anubis : Gardien sombre de l’Égypte — Mystères de France
• Anubis — Mythologica.fr
• Papyrus d’Ani, vers 1275 av. J.-C. — British Museum, Londres (EA 10470)
• Peter Fenwick & Elizabeth Fenwick, The Art of Dying, Continuum, 2008
• Jeu vidéo : Smite (Hi-Rez Studios, 2014) — représentation d’Anubis