Le manuscrit de Voynich ouvert aux feuillets 100v et 101r, avec ses plantes dessinées et son écriture indéchiffrée.

On ouvre le manuscrit de Voynich en espérant reconnaître quelque chose. Une plante, un mot, une constellation. Puis le regard s’arrête : les racines semblent familières, les lettres presque lisibles, mais rien ne se laisse saisir longtemps. Voilà un livre que l’on peut feuilleter en ligne, page après page, sans pouvoir raconter avec certitude ce qu’il dit.

Le mystère est réel : le texte n’a pas de déchiffrement faisant consensus. Cela ne signifie pas que le volume échappe à toute étude. Son parchemin, ses encres, ses dessins et les mains qui l’ont copié livrent des informations. C’est même là que les recherches deviennent les plus intéressantes : quand elles cessent de promettre une révélation pour examiner le livre lui-même.

Page du manuscrit de Voynich montrant une plante verte à grandes feuilles sous plusieurs lignes d’écriture inconnue.
Une page botanique du manuscrit de Voynich, conservé à la bibliothèque Beinecke de Yale.
Auteur inconnu · Bibliothèque Beinecke, Yale · Domaine public

Un nom de libraire, une histoire plus ancienne

Voynich est le nom du marchand de livres Wilfrid M. Voynich, qui acquiert le manuscrit en 1912 auprès des jésuites de Frascati, près de Rome. Ce n’est donc pas le nom de son auteur. Le volume rejoint la bibliothèque Beinecke de Yale en 1969, où il est conservé sous la cote MS 408.

Les documents de provenance permettent de remonter bien avant cette acquisition, notamment jusqu’aux savants et collectionneurs de l’Europe du XVIIe siècle. Ils ne donnent toutefois pas la scène que l’on aimerait connaître : quelqu’un assis devant ces pages, sachant parfaitement les lire et nous expliquant pourquoi il les écrit.

Ce que les dessins nous laissent deviner

Yale distingue plusieurs ensembles : plantes, figures astronomiques ou astrologiques, bains peuplés de personnages, compositions circulaires, préparations à base de végétaux et pages de texte. Ces catégories décrivent les illustrations. Elles ne sont pas la traduction de titres que l’on aurait enfin compris.

La distinction compte. Une racine dessinée à côté d’un paragraphe invite à penser à un herbier ; elle ne révèle ni le nom de la plante ni la fonction du passage. Est-ce une description, une recette, une propriété médicinale, une manière de classer le vivant ? L’image nous oriente, puis s’arrête au seuil de la réponse.

Plusieurs personnes derrière la même énigme

La médiéviste Lisa Fagin Davis a étudié la manière dont les signes sont tracés. Ses travaux, présentés par Yale en 2024, distinguent cinq mains de scribes. On peut donc apprendre quelque chose sur la fabrication du manuscrit sans savoir lire sa langue.

C’est un peu comme reconnaître deux écritures dans un vieux carnet familial : les habitudes de la main demeurent, même lorsqu’un mot résiste. La forme d’un trait ou l’enchaînement des signes permettent des comparaisons. Cette approche ne livre pas l’identité des copistes ; elle rend simplement moins convaincante l’image d’un auteur solitaire inventant tout d’un seul geste.

Des régularités, mais toujours pas de dictionnaire

Rachel Sterneck, Annie Polish et Claire Bowern ont également étudié la répartition des groupes de mots à l’aide de méthodes statistiques. Leur travail, diffusé en 2021, cherche des correspondances entre les ensembles textuels et les sections du manuscrit. Il apporte des indices sur son organisation, sans proposer une traduction intégrale.

Trouver une structure n’est pas une petite chose. Mais un texte organisé peut encore se prêter à plusieurs explications. Un résultat statistique ne suffit pas à choisir une langue, à attribuer une valeur à chaque signe, puis à lire librement une page jamais utilisée pour construire l’hypothèse.

Comment reconnaître un déchiffrement solide ?

Une solution convaincante devrait fonctionner au-delà de quelques mots choisis. Elle devrait expliquer ses règles, les appliquer de manière stable et permettre à d’autres chercheurs de retrouver les mêmes lectures. Si chaque difficulté impose de changer la valeur des lettres ou l’ordre de lecture, on risque surtout de faire entrer dans le livre ce que l’on voulait y trouver.

C’est aussi ce qui rend les annonces spectaculaires délicates à évaluer. Un titre promettant que le secret est enfin résolu peut reposer sur une proposition encore très discutée. Le bon réflexe consiste à chercher la méthode et ses vérifications, plutôt que le seul enthousiasme de son auteur.

Un livre accessible, une lecture qui manque

Le manuscrit conserve donc une énigme précise : son écriture et son sens nous résistent. On n’a pas besoin d’y ajouter une origine extraterrestre pour que cela soit fascinant. Les reproductions mises en ligne par Yale permettent d’en observer les détails ; elles rappellent aussi combien le document est concret, avec ses pages, ses irrégularités et ses lacunes.

Parmi les reliques du site, Voynich occupe une place à part. La carte de Piri Reis demande souvent de corriger ce qu’on lui fait dire. Ici, la difficulté vient plus tôt : nous ignorons encore ce que quelqu’un a voulu confier à ces lignes.

Sources & références

Auteurs et contributions

Auteurs

  • Alix Beaumont