Visage de Momo dans une forêt sombre, montage illustrant la rumeur

Vous recevez un avertissement accompagné d’un visage difficile à oublier : de grands yeux, des cheveux sombres, un sourire qui semble déborder. Le message parle d’enfants en danger et demande de prévenir les autres. Avant même d’avoir vérifié l’histoire, vous pensez déjà à quelqu’un à qui l’envoyer.

Le Momo Challenge s’est propagé en 2018, puis en 2019, à travers ce type de messages. Selon la rumeur, un personnage inquiétant contactait des enfants pour leur imposer des défis dangereux. Pour les parents qui découvraient l’alerte, le premier réflexe pouvait être de la transmettre afin de protéger d’autres familles.

Carnet de Mathis Cordier et Solène Martel, avec Yvan Daurelle — les enquêteurs du Bureau.

Le message qui vient toujours d’un autre parent

Mathis met en scène un groupe de parents qui découvre l’alerte un soir d’école. Le visage est joint au message. Une mère écrit qu’il faut absolument prévenir les enfants. Un père demande d’où vient l’information. La réponse arrive aussitôt : d’un autre groupe, dans une autre école. Tout le monde semble disposer d’une confirmation située juste un peu plus loin.

Solène imagine le lendemain dans la cour. Un élève affirme que son cousin a reçu un message du personnage. Un autre assure avoir supprimé le numéro avant qu’il soit trop tard. Ils n’ont rien à montrer, mais la conversation suffit pour qu’un troisième enfant n’ait plus envie de regarder le téléphone familial.

Mathis revient à l’origine du visage. Yvan replace les publications dans le temps. Solène écoute qui a découvert Momo par ses camarades et qui en a entendu parler pendant une mise en garde. À ce stade, l’équipe suit deux choses différentes : les actes annoncés et la peur que les messages ont déjà produite.

Le monstre avait d’abord une autre vie

Illustration IA : Téléphone affichant des formes de messages flous dans un salon le soir.
Quand une alerte arrive dans la conversation.

Avant de devenir Momo, ce visage était celui d’une sculpture du Japonais Keisuke Aiso. Le Monde explique comment sa photographie a été réutilisée pour incarner le personnage menaçant. La sculpture existait ; cela ne rendait pas vrais les défis qu’on lui attribuait.

C’est pourtant cette photo que l’on retenait. Les yeux, le sourire : on pouvait les décrire à quelqu’un sans rouvrir le message. L’histoire avait trouvé son monstre, et il était difficile à oublier.

Quand l’avertissement fait circuler l’histoire

Le 1er mars 2019, Full Fact publie les résultats de sa vérification. L’organisation ne trouve pas de preuve claire du défi décrit dans les alertes. En remontant les messages, elle observe surtout que les articles et les avertissements des écoles se citent ou se relaient. Voir la même histoire partout lui donne du poids, même quand aucune nouvelle preuve n’a été apportée.

Un parent raconte notamment que son enfant a découvert Momo pendant une intervention à l’école. L’intention était de le protéger. Mais avant cette mise en garde, il n’avait pas entendu parler du personnage.

La peur ressentie par les enfants et les parents était bien réelle. Cela ne confirmait pas pour autant l’existence du prétendu jeu organisé décrit dans les alertes.

Le souvenir d’une réunion au gymnase

Dans un fil Reddit consacré au souvenir de Momo, un internaute raconte que son directeur d’école avait réuni les élèves au gymnase pour leur expliquer que le personnage n’était pas réel. Selon lui, l’intervention avait duré une trentaine de minutes et les enfants en savaient déjà davantage que les adultes ne le pensaient. C’est sa version des faits, publiée après coup, sans vérification indépendante.

Ces situations ne se ressemblent pas toutes. Certains enfants connaissaient déjà l’image et en plaisantaient ; d’autres pouvaient la découvrir dans l’avertissement d’un adulte. Demander ce que l’enfant a vu permet donc de commencer par son expérience, au lieu de lui raconter d’emblée toute la rumeur.

Illustration IA : Salle de classe vide avec pupitres et sacs dans la lumière de fin de journée.
Les histoires qui passent d’un élève à l’autre.

Avoir peur sans avoir contacté Momo

Dans une collecte de folklore publiée par l’USC en mai 2019, un adolescent de Los Angeles raconte avoir entendu parler de Momo à l’école. Il n’avait pas contacté le personnage et ne savait pas si les histoires étaient vraies. L’image suffisait pourtant à lui faire peur. Son témoignage renseigne sur cette peur, sans confirmer les actes prêtés à Momo.

Le UK Safer Internet Centre propose des repères pour ces histoires effrayantes en ligne. Son conseil commence par l’écoute : qu’a réellement vu l’enfant ? Qu’est-ce qui l’inquiète ? Vérifier les informations avant de les transmettre permet aussi d’éviter de faire découvrir le personnage à d’autres familles par une alerte mal fondée.

Le verdict du Bureau : une menace non établie, une peur bien diffusée

Mathis retrouve derrière le visage une sculpture photographiée. Yvan s’appuie sur les vérifications citées, qui n’établissent pas le défi organisé décrit dans les alertes. Solène retient les témoignages d’enfants effrayés, y compris sans contact avec le personnage. Le Bureau ne confirme donc pas ce prétendu jeu ; il constate que sa rumeur pouvait atteindre les familles par ceux qui voulaient les protéger.

Le dernier geste de cette histoire tient dans un bouton : transférer. On peut l’appuyer par inquiétude, par affection, avec les meilleures intentions. Avant de le faire, savez-vous si votre message avertira quelqu’un d’un danger établi, ou lui présentera un monstre qu’il ne connaissait pas encore ?

Sources & références

Auteurs et contributions

Auteurs

  • Mathis Cordier
  • Solène Martel

Participation à l’article et à l’enquête

  • Yvan Daurelle